1320 & 1325 Liberta

1320 & 1325 Liberta
Quand le joujou d'un dictateur devint un symbole de liberté... L'histoire d'une berline voulue par Caesescu, modifiée sur un caprice de sa femme, et qui s'est donné des air de liberté après la chute du tyran !
Par Stéphane BEAUMORT le 27/04/2009
Entre 1969 et 1979, Dacia avait produit la Renault 12 sous le nom de Dacia 1300. Après le retrait de Renault, la marque roumaine continua de faire vivre ce design obsolète au travers de plusieurs restylages, sous le nom de Dacia 1310. Toutefois, le style de la Renault 12 était toujours bien présent...

La berline du tyran
Le dictateur roumain Nicolae Ceausescu, non content d'imposer son régime totalitaire d'une poigne de fer dans tous les aspects du quotidien, se mêla en 1985 de réclamer à la firme automobile une version nouvelle en vue de concurrencer les Lada Samara russes. En effet, ces modèles 5 portes ne possédaient aucune équivalence en Roumanie, la seule exception ayant été la Renault 20, brièvement vendue comme Dacia 2000 et réservée aux élites.



On raconte que Liberta était déjà le nom officiel du modèle, mais que la mégalomanie du tyran était si forte qu'il fallut de surcroît donner à la nouvelle berline les initiales "CN" afin de rappeler "le fils chéri du peuple" (même si officiellement le sigle signifiait seulement "nouvelle carrosserie"). Ainsi donc serait née la Dacia 1320 CN, une 5 portes développée sur la plateforme éprouvée de la 1310 Phase 2 et dotée d'une planche de bord inédite, qui fut lancée en 1987. A sa sortie, elle était la plus chère des Dacia.





Trop courte !
Toutefois, alors même que les chaînes de production étaient déjà prêtes, la propre épouse de Caeusescu, Elena, aurait déclaré à son mari : "Plus courte ! Elle est trop longue", obligeant les ingénieurs à plancher sur une nouvelle version. C'est ainsi qu'en 1989, lors du salon automobile local, la 1320 S fut présentée, quasiment identique au modèle de base mais raccourcie comme le souhaitait le couple présidentiel.


En 1990, après l'exécution du couple Caeusescu et l'avènement de la démocratie en Roumanie, le modèle fut redésigné Dacia 1325, et les initiales du tyran oubliées à jamais pour faire place au vrai nom de la voiture, "Liberta". Dotée d'un moteur 1.4 L développant 62 hp, elle était proposée en version L, TL et TLX selon le niveau de finition. Outre sa longueur, on reconnaît aisément la 1325 à sa vitre de custode et ses feux arrières différents.


A partir de 1993, en même temps que la 1310, la 1325 se vit restyler avec une calandre originale mais fort peu esthétique qu'elle allait conserver jusqu'à la fin, et les poignées de portes reprirent un aspect plus classique. Outre les variantes TL et TLE, la gamme présentait désormais une Liberta GTL, un haut de gamme doté d'un moteur 1.6 L.




Bien que la Dacia Liberta ait été un assez mauvais véhicule en termes de conception (et notamment du fait qu'elle ait été raccourcie à la hâte par rapport au projet initial), elle fut appréciée par les Roumains en tant que symbole de la nouvelle génération de voitures Dacia. Toutefois, il s'agit plus d'un succès d'estime que d'un réel succès commercial, puisque toutes versions confondues, la Liberta ne se serait vendue qu'à 7800 exemplaires au total entre 1987 et 1996 !


Le journaliste roumain Rasvan Roceanu a une autre explication à cet échec : "Aucun d'entre nous ne voulait acheter quelque chose conçu en Roumanie ! La Dacia Liberta était si moche qu'elle ne s'est pas vendue du tout, même si, à cette époque, elle représentait la seule alternative à la poussive 1300. Les agriculteurs et les transporteurs préfèraient payer plus d'argent sur les camions et les tracteurs venus de l'étranger, même en occasion, plutôt que d'acheter neufs ceux qui étaient conçus et fabriqués à Brasov ou Bucarest".



La plupart des Dacia 1320 et 1325 ont fini comme taxis, même si un petit nombre s'illustra également en rallyes du Groupe A aux mains de pilotes tels que Ludovic Balint, Constantin "Titi" Aur, Bogdan Marisca ou Eduard Diaconu. Quelques exemplaires furent également exportés, notamment en Grèce.

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